26.10.2011
La formation initiale des enseignants du secondaire public en Côte d’Ivoire
Ce texte est un commentaire de la contribution faite par Dr Famahan SAMAKE dans FRATMAT.INFO, l’édition en ligne du quotidien d’information Fraternité Matin. Il fait une présentation sommaire de la formation initiale des enseignants à l’Ecole Normale Supérieure (ENS) d’Abidjan, présente les difficultés rencontrées et donne des perspectives pour une amélioration.
La formation des enseignants du secondaire public à l'ENS d'Abidjan se déroule sur deux années. Le niveau minimum de recrutement est le Deug 2, c’est dire que le futur enseignant de l’ENS a (ou devrait déjà avoir) un savoir académique puisque issu des Universités de Côte d’Ivoire. Dans la première année qui se déroule au sein de l’ENS, la formation du futur enseignant porte sur un renforcement disciplinaire et une formation en science de l’éducation. La seconde année est consacrée au stage pratique en responsabilité dans les lycées et collèges de Côte d'Ivoire. La formation à l’ENS est assurée par cinq départements : Sciences et Technologies, Arts et Lettres, Histoire et Géographie, Langues et Sciences de l’éducation. Si les enseignements des quatre premiers concernent essentiellement les disciplines, ceux des sciences de l’éducation sont des enseignements transversaux. C'est-à-dire que tout étudiant qui sort de l’ENS a eu dans sa première année de formation des enseignements théoriques portant sur les fondamentaux en science de l’éducation (pédagogie, psychopédagogie, didactique des disciplines, etc.). Et avant d’aller en stage, il est organisé en tout début de la seconde année des séances de micro-enseignement afin d’habituer le futur enseignant à la pratique de son métier d’enseignant. Au cours de l’année de stage (en responsabilité depuis 1995) qui dure neuf (9) mois, le futur enseignant de l’ENS est suivi par deux personnes ressources : un professeur encadreur de l’ENS et un professeur conseillé dans son établissement d’accueil.
Les formateurs des futurs enseignants de l’ENS peuvent être regroupés en trois catégories: les enseignants d’Université (assistant, maître assistant, maître de conférences et professeurs), les professeurs certifiés des lycées et collège et les moniteurs qui travaillent souvent dans les laboratoires de sciences physiques et de SVT. Alors que certains formateurs ont pu dans un passé récent bénéficier de bourse de formation continue, la situation est autre actuellement. En effet, les voyages d’étude financés par l’état se comptent sur le bout des doigts et l’organisation de séance de formation continue en interne est souvent inexistante. Le traitement salarial actuel du formateur de l’ENS ne lui permet guerre de vivre décemment encore moins de faire face à des charges d’équipements ou de documentations. En dépit de cette situation, des formateurs de l’ENS, pour ceux de la catégorie des enseignants d’université, sont souvent admis au CAMES. C’est dire que ces derniers publient des articles et/ou des livres de contenus scientifiques irréprochables.
Pour ce qui concerne la documentation, l’institution n’a guerre de bibliothèque digne de ce nom pour palier la carence documentaire des formateurs. Les titres les plus récents datant souvent de 2000 si ce n’est encore moins. En plus de la pauvreté des bibliothèques, il faut mentionner le manque de matériels didactiques pour la formation des futurs enseignants. En effet, les laboratoires de sciences physiques et de SVT manquent cruellement de matériel d’expérimentation et le laboratoire de langue est dans un état de délabrement avancé. Le département d’Histoire et Géographie ne dispose même plus de globe terrestre… et la liste est longue. Pour ce qui est de l’équipement en matériels informatiques, les futurs enseignants sortent de l’ENS sans avoir touché à un clavier d’ordinateur.
Ainsi la qualité de la formation des futurs enseignants ne saurait être attribuée essentiellement et uniquement à la faiblesse des formateurs. De plus le taux de réussite au BAC, au BEPC et à l’entrée en 6ème ne peut être attribué uniquement à la qualité de la formation des enseignants. Le manque de matériels didactiques, le manque d’infrastructure, le manque de motivation des enseignants suite à diverses réformes dans la profession et les effectifs pléthoriques dans nos écoles n’y sont pas étrangers. La formation des enseignants dans les pays d’Afrique est à la croisée des chemins. En effet, l’enseignement supérieur africain en général est aujourd’hui confronté à plusieurs problèmes parmi lesquels la masse critique de formateurs qualifiés afin d’assurer une formation de qualité. Faire appel à la diaspora oui mais avec le niveau de salaire et les conditions de travail actuel, je ne sais pas combien de nos professeurs des universités du Nord seront prêts à venir dispenser des cours à l’ENS d’Abidjan.
Une des solutions pour adresser ce problème serait l’intégration des technologies de l’information et de la communication (TIC) dans la formation des enseignants. En effet, même si l’intégration des TIC ne résoudra pas tous les problèmes liés à la formation des enseignants en Côte d’Ivoire, l’usage des TIC peut permettre l’élargissement de la formation et à l’accès aux ressources. A travers l’élargissement de la formation, des enseignants des universités du Nord pourraient délivrer des enseignements aux futurs enseignants en Côte d’Ivoire, ce qui permettra de faire face au problème de la masse critique de formateurs qualifiés. Par ailleurs, cet élargissement pourrait permettre d’assurer la formation continue des formateurs grâce à des réseaux de formateurs en lignes. Les formateurs peuvent grâce aux TIC participer à des évènements scientifiques d’envergure internationaux tout en restant sur place en Côte d’Ivoire. De plus, à travers des laboratoires virtuels, nos futurs enseignants pourraient faire des TP qu’ils ne peuvent faire actuellement faute de matériel adéquats. L’accès aux ressources permettrait aux formateurs et aux futurs enseignants d’accéder via Internet aux bibliothèques des plus grandes universités du monde et aussi à des bases de données scientifiques. Toute chose qui permettra de palier aux manques de ressources dans nos bibliothèques.
Pour que les TIC soient un outil au service de la formation des enseignants en Côte d’Ivoire, l’état devra commencer par se doter d’une politique nationale TIC de façon générale et particulièrement pour l’éducation. A travers cette politique, l’état devra favoriser et encourager la mise en place d’infrastructure et l’équipement en matériels informatiques. D’autre part, il devra mettre un accent particulier sur la formation des personnes ressources en intégration pédagogique des TIC. En favorisant l’intégration des TIC dans la formation des enseignants, l’état donnera aux futurs enseignants les compétences nécessaires pour former des cadres de demain capables de travailler dans un monde dominé par la technologie.
Accéder à la contribution faite par Dr Famahan SAMAKE dans FRATMAT.INFO
22:47 Publié dans Réflexion | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : formation des enseignants, côte d'ivoire, éducation, tic
Commentaires
Bonjour,
Actuellement formatrice de futurs enseignants je suis à la recherche de sources documentaires ou tout référentiel concernant le formation initiale des enseignants. Pourriez vous me faire part de l'état de la question dans votre pays.
Au plaisir de vous lire.
MERCI
Écrit par : MOURADE DRIFA | 07.11.2011
Bonjour,
Ce sera avec plaisir que partagerai avec vous les programmes de formation des futurs enseignants de Côte d'Ivoire. Nous n'avons pour le moment pas un référentiel validé mais disposons de module dans le cadre la formation initiale des enseignants.
Bien à vous
Écrit par : Mian | 10.11.2011
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